Gaby DI DOMENICO, le Têtard ou l’histoire d’un fada…

Gaby DI DOMENICO, est un personnage atypique, sympathique et attachant comme on en rencontre rarement.

Il nous livre son histoire et quelques réflexions sur le métier de scaphandriers.

gabriel di domenico

Le métier a fait un grand bond en arrière ou comme disait Amin Dada l’ancien Président de l’Ouganda : Nous étions au bord du gouffre et on a fait un grand pas
Aujourd’hui les plongeurs me font penser à ce qui se passait quand j’étais en avant.
Jeune et que sableur sur les Docks ; l’embauche se faisait sur un tonneau. Une « grande gueule » disait qui pouvait travailler ou pas.
Sans exagérer on retourne sur un vieux système vieux de 60 ans.
Dans les compagnies de Free Lance même si avec une bonne compétence sa gueule ne revient pas un chef de chantier ne travaille pas.

Le temps de scaphandriers lourds est un temps révolu. Je n’ai connu que la fin de celui-ci. A la fin de la guerre de 39 45 les bâtiments coulés par les Allemands à Marseille étaient nombreux et les scaphandriers gagnaient bien leur vie. Au quartier de l’Estaque il y a encore une rue qui s’appelle rue des scaphandriers.

Le scaphandrier était « l’homme qui va sous l’eau » et ils étaient considérés un peu comme des surhommes. Les entreprises marseillaises comme Négri ou Marcellin payaient ces hommes à prix d’or et après chaque plongée, le téléphone sous marin n’existant pas, les directeurs d’entreprises étaient suspendus à leurs lèvres pour savoir ce qu’ils avaient vu au fond pour savoir quelle décision prendre.
Un de ceux qui mont appris le métier comme Roger Margot gagnait en 1936 des sommes fabuleuses. Il aurait pu s’acheter la voiture de l’année une traction AV tous les quinze jours.
Ce fameux Margot à travaillé un peu partout dans le monde ; je l’ai vu sur une photo jaunie son casque lourds à ses pieds posant, le fils du Négus sur ses genoux à cote de l’empereur Haile Selassié en tenue d’apparat.

Il restait un bateau coulé à Marseille le Tarn dont le bas de la coque se trouvait à – 33 mètres. Ils descendaient à 3 ou 4 scaphandriers dans les cales ou l’eau n’avait pas pénétré. Ils se levaient tour à tour leur casque et se trouvaient ainsi au sec. Il parait même mais je n’y étais pas qu’ils jouaient aux cartes pendant une heure. Ils régénéraient sans vraiment le savoir l’air vicié des cales par l’apport de l’ai de surface des pompes à bras. a partir du moment où ils se trouvaient à sec ils croyaient ne plus être en pression ce qui créait de nombreux accidents.

D’autre d’entre eux que j’ai bien connu dont aujourd’hui on peut citer les noms Etienne Maroco, Farel, Roger Margot et le père Matrone dit Napoléon. Ce dernier était ce qu’on appelle un « bali balais ». C’est-à-dire qu’il avait le droit de ramasser et de revendre au ferrailleur cuivre bronze etc. et tout ce qui restait au fond après que le bateau ait été renfloué ou découpé. Il en mettait pas mal de coté avec son fils scaphandrier lui aussi. Agé mais encore bien vaillant aujourd’hui, il fit partie de la dernière génération de la Grande époque et il serait intéressant de l’interviewer avant qu’il ne disparaisse.
Figure de Marseille, un jour avec son père et leur bateau scaphandre ils avaient mis de coté au fond quelques lourds paliers de vilebrequins en bronze qui valaient leur pesant d’or. A chaque débarquement la douane venait leur rendre visite pour contrôler. Voir s’il n’y avait pas d’éléments de bronze qu’ils devaient rendre à l’exploitation de l’épave. Mais ce vieux renard de Napoléon qui à terre marchait comme un pantin, déglingué par les nombreux accidents de plongée, au fond courrait comme un lapin. En ce temps les paliers étaient peu connus et il ressortait souvent de l’eau avec des débuts de paralysie et passait la nuit dans le caisson de la grande bigue pour recommencer à plonger le lendemain matin.
Il avait trouvé une combine sous son bateau. Il avait fixé sous la ligne de flottaison de gros crochets bien costauds pour accrocher son butin de bronze. Il rentrait doucement au port et durant quelques temps les douaniers qui n’étaient pas plongeurs n’y ont vu que du feu. Mais dans ce milieu comme on dit « dix fois pour nous une fois pour eux ». Voyant chaque fois rentrer le bateau de Napoléon avec sa ligne de flottaison bien au dessous de la normale, Ils se sont mis un de chaque coté dans un petit chenal passant un cordage sous la coque de la proue à la poupe. Bien entendu le cordage s’est accroché et Napoléon s’est fait faire marron. Ils lui ont retiré sa licence de « bali balais » pour un certain temps.

Des histoires comme ça j’en connais des dizaines mais ce ne sont pas les miennes. A bord de ces bateaux scaphandres il y avait une amphore romaine à fond plat et a grande ouverture dans les hanches. C’était un doliom qui gardait l’eau fraiche pour le pastis ou les bouteilles de vin à rafraichir. Tout ceci avant que Cousteau n’interdise la vente des amphores. C’est à partir de ce moment la quelles ont pris de la valeur.

Avant les gargoulettes comme disaient les vieux n’avaient aucune valeur marchande. Donc j’ai été à la bonne école au milieu de ces pirates ferrailleurs. L’un d’entre eux Nino un Italien avec un gros pif un peu comme le mien qui parlait Français comme une vache espagnole et avec qui je suis pris en photo a mes débuts des pieds lourdsavait  trouvé un petit coffre-fort dans une épave moderne. Rempli de bijoux chevalières, colliers, bagues, gourmettes qu’il a vendus à la petite mafia des pieds lourds. Pas mal d’entre eux y ont laissé leur peau entre les accidents de plongée ; les découpages au chalumeau qui créaient des poches de gaz qui mal ventilées explosaient.
Beaucoup d’entre eux étaient des fêtards et des flambeurs qui jouaient beaucoup à un jeu dans les arrières salles. Ce jeu s’appelle le multicolore jeu ou on lance une boule dans une table de bois avec des incrustations de toutes couleurs. Hormis que la table ne tournait pas on lançait la boule grosse comme une boule de billard et essayait de placer celle-ci dans une couleur la plus payante c’est un peu l’ancêtre de la roulette.
J’étais jeune. Je ne jouais pas et ne buvais pas mais quelque fois ils m’ont entrainé avec eux dans ces bouges ou il y avait des nanas qui partaient souvent avec celui qui avait gagné. Mais qu’est ce que j’ai vu perdre comme fric. Bien souvent leur paye complète plus celle à venir. Les tenanciers faisaient souvent crédit sachant qu’ils gagnaient un fric fou.

C’était un temps aujourd’hui révolu. Beaucoup d’autres histoires qui ne sont que personnelles sont écrites dans mes petits bouquins. Elles sont authentiques. Libre au lecteur de les croire ou pas.

Etre écrivain est un métier ce n’est pas le mien.
Alzheimer vient me faire un petit coucou de temps en temps mais j’ai encore une bonne mémoire. Et une petite confidence : mes trois bouquins et le quatrième bientôt sont des dépressions du vague à l’âme «  une envie de se suicider sans passer à l’acte » ou je m’enferme seul à bord de mon bateau à Marseille. Pas loin de la Bonne Mère entre le Fort Saint Jean et Saint Nicolas qui ont été construits sous Louis le Quatorzième et par Vauban.
Le Roi Soleil a été le premier à mater les Marseillais. Petite information authentique les forts Saint Jean et Saint Nicolas ont été construits non pas pour défendre Marseille mais pour tirer sur les Marseillais rebelles qui étaient indépendantistes bien avant les Corses.

Mes livres sont extrêmement autobiographiques. Je n’ai jamais été un aventurier sac au dos. J’ai souvent monté des missions que j’avais des fois mal calculées mais je ne suis jamais parti à l’aventure pour l’aventure.

Marié à 19 ans et père à 21 il a fallu toujours que j’assure la gamelle à la maison.

Le métier de scaphandrier tel que je l’ai connu est révolu. Aussi bien le métier de pieds lourds dont les vieux étaient les seigneurs de la plongée. Arrivant souvent au boulot en costard ne portant pas « d’attache case » ça n’existait pas mais un beau cartable en cuir avec souvent un sandwich dedans. Ils nous en ont voulu à nous les grenouillards qui cassaient le métier et tellement sous-payés par rapport a eux.

Puis il y a eu la grande aventure pétrolière dont je ne peux pas me plaindre. En 1976 il m’arrivait de gagner 70.000 Francs par mois en saturation. Avec la petite mafia des soudeurs qui avait bien voulu m’accepter leurs équipes. Ils m’avaient appris à souder et moi à plonger.

A la Comex le sheriff Riri Delauze lorsqu’on était en stan-by qui recevait pour eux de fortes sommes leur avait interdit de venir chercher leur paye à la société pour la raison simple c’est qu’ils venaient avec des voitures valant celles que se payent aujourd’hui les joueurs de ballon et ca faisait mauvais effet vis a vis du personnel.

On a été de nouveau les spécialistes fortement payés avec des coups de gueule et quelques débuts de grève. Tant que la direction ne lâchait pas. Ils pensaient que cette source de jouvence financière ne tarirait pas. Puis il y a eu les balbutiements de la robotisation. Ca nous faisait rire au départ pensant que la machine ne remplacerait jamais l’humain. Mais avec le temps et la montagne de pognon investi ils ont fini par y arriver. Et le fric payé à ses soudeurs spécialistes a commencé sérieusement à diminuer.

Le système avait changé. Les forages pétrolier de plus en plus profonds on été exploités. L’être humain n’avait plus sa place. Avec mon pif j’avais un peu senti le vent tourner quittant la soudure ou ils ont gagné encore quelques temps l’argent pour rentrer dans le nouvel Eden des sous marins habités.

Puis là aussi quelques temps plus tard les sous marins habités ont été remplacés par des ROV beaucoup mois couteux, sans équipes d’emmerdeurs caractériels au fond. Les pilotes de ROV sont aujourd’hui simplement des techniciens supérieurs rentrant dans le cadre d’une société structurée ou le personnel est totalement maîtrisable.

Pour répondre à ta question sur le regard que je porte aujourd’hui sur le milieu des scaphandriers, c’est bien triste ce qui se passe dans les travaux publics, tous les appels d’offres sont revus à la baisse et les conditions de travail se sont degradées.
Un plongeur confirmé en France gagne à peu prés 2.500 Euros par mois. Tarif haut avec une couverture sociale plus les points de retraite. Nous ne sommes même pas reconnus comme métier à risque et la retraite est à 60 ans et croyez moi le métier est difficile.

Ce que j’aimerai mais ce la n’est qu’une réflexion personnelle : un gars qui sort de l’INPP est une personne qui ne connait que les balbutiements du métier. Dont le stage pour un classe deux qui n’est pas donné est financé par ses poches. D’après les statistiques 70% d’entre eux abandonnent le métier dans les trois ans qui suivent. Je pense que pour les gens qui veulent pratiquer le métier c’est un peu le miroir aux alouettes retransmis par la télé. Les films de Cousteau, les lagons bleus les poissons multicolores…..rien à voir.

La sélection devrait être beaucoup plus draconienne et l’INPP devrait être financé par le système éducatif et non sous un statut de loi 1901 qui même si elle ne doit pas faire de bénéfices elle est obligée de rentabiliser son système. Les gens sélectionnés devraient effectuer des stages en entreprise, rémunérés et non servir de larbins comme dans les années 60. Beaucoup plus actifs dans des exercices qui se rapprochent plus de la réalité. Quand on forme des apprentis ils devraient passer un certain temps dans les entreprises ou l’on apprend en premier comme j’étais moi-même avant d’être scaphandrier guide scaphandrier ou tender en Anglais.

J’ai eu la chance à 17 ans de rentrer dans un centre de FPA La Formation Professionnelle pour Adultes ou en plus on était payés : peu mais payés.
J’en suis ressorti après six mois comme chaudronnier soudeur. Croyez-moi j’avais de bonnes bases du métier à la sortie de l’école et les patrons se bousculaient au portillon pour nous embaucher. Nous effectuions un stage dans chaque entreprise avant d’être confirmés dans notre métier. Ce qui m’a énormément servi lorsque je suis devenu scaphandrier.
Aujourd’hui à la sortie du stage INPP ils ont peu de connaissances de l’entreprise et du travail merdique que nous faisions. Barrages, égouts, béton etc. ou la visibilité est nulle ils n’ont jamais rien vu de tout ça et pour le peu qu’ils sont payés, il faut la foi et l’amour du métier.

A 63 ans je l’ai toujours.

Pour ce qui est du milieu pétrolier : Après le crash des années 80 ou la Comex ainsi que Doris etc. ont licencié tous les plongeurs en leur proposant un contrat en Suisse ou au Lichtenstein et sans aucune retraite, beaucoup ont arrêtés le métier. D’autres ont continué dans cette voie et si mon calcul est bon ils ne toucheront jamais leurs retraites sécurité sociale ni les caisses complémentaires.
Aujourd’hui avec l’envolée du prix du baril de pétrole à 100 dollars tous les champs pétroliers Africains qui n’étaient plus rentables le sont de nouveau. Pompés jusqu’à la dernière goutte ces champs du Gabon tel Anguille ou Grondin sont peu profonds et sans intervention en saturation prennent encore aujourd’hui des classe deux Mention A.

Les plongeurs en déplacement gagnent au maximum 300 Euros par jour. Les meilleurs travaillent au maximum 1 mois sur deux ou sur trois. Pas en tant que personnel Français à l’étranger couvert par notre système social mais en free lance ne cotisant pas au régime général et aux caisses de retraite Françaises. 300 €uros par jour sur 30 jours c’est 9.000 €uros par mois : 1 mois sur deux c’est plus que 4.500 €uros. Un mois sur trois c’est ce qu’il y a de plus courant ce qui fait au maximum 36.000 €uros par an sans couverture sociale. C’est à peine la paye d’un bon ouvrier spécialisé. Et rester sur une barge 4 mois de l’année, ce’est pas rigolo. De plus les plongeurs n’ont pratiquement plus droit à l’initiative : Interdit d’avoir un profondimètre ni une montre. Avec phare et caméra de surface, on se retrouve pas loin de Charlot et des « Temps Modernes » lorsqu’il serre des boulons sur une chaine de montage. Pas marrant du tout. Des automates humains. Si c’est cela qu’on appelle le travail de scaphandrier. Ou est la joie et le plaisir du métier. Ou bien encore quant ils sont sur une barge en exploitation uniquement en prévention en attendant que quelque chose casse ? Un mois entre ciel et mer sans femmes à bord très peu pour moi.

Mes Projets : à 63 ans et 48 ans de métier, je continue dans les travaux publics sous-marins ; barrages ports et canaux. J’ai toujours la passion du métier.

Il y a six mois nous avons réparé un duc d’Albe d’amarrage de pétrolier du port de Mohammedia au MAROC fendu sur 3 mètres à 24 mètres de fond dans une eau à 14 degrés. Visibilité 1 mètre maxi. 8 personnes sur un ponton en caoutchouc transformé en mini-barge. 14 heures par jour de travail pour installer une chambre à souder et effectuer un soudage. De plus ce n’est pas comme chez moi à Marseille : En descendant de mon bateau d’où je vous écris le quai où je suis accosté reste toujours au même endroit. Au Maroc avec 4 mètres de marée sur notre petite barge, il fallait tendre les amarres en permanence pour ne pas se retrouver suspendue 2 à 3 mètres au-dessus de l’eau. Cela a été très fatigant et il fallait calculer les paliers en permanence. J’ai réglé ce problème en faisant tous les paliers à l’oxygène.

Les Marocains en leur imposant ce système étaient un peu comme la fosse : sceptiques. Mais très vite ils m’ont appelé Chibani. Je leur ai demandé tout simplement ce que cela voulait dire. Ils m’ont répondu que c’était «  le Vieux ». Effectivement à 63 ans, j’ai pris depuis longtemps la pente savonneuse là où on va tous. Riches ou pauvres. Au paradis ou en enfer pour les Chrétiens ou au Royaume d’Allah pour les musulmans. Mais il nous faut en rajouter m’ont-ils dit. Oui tu es vieux mais « le vieux qui sait » autrement dit un peu Le Sage. C’est bien la première fois qu’on me considère comme un sage. Comme quoi les opinions peuvent être différentes selon ou l’on se trouve. De plus il y a un proverbe qui dit que chacun peut être différent selon ou l’on se trouve. Il y a aussi un proverbe qui dit que chacun peut trouver chaussure à son pied. Les quelques jours que j’ai passé à terre à 63 ans m’ont appris aussi qu’il paraît aussi que je suis beau auprès des Marocaines. Et-ce que mes 1 mètre 60 qui depuis ont raccourci ou mes rides profondes accentuées par des années passées à la mer m’ont rendu beau ? En y réfléchissant bien je crois que c’est mon passeport Français qui leur plaisait le plus et qui me rendait beau.

Pour moi ce dur chantier où en sortant de l’eau mes valseuses ressemblaient à des raisins de Corinthe ; plutôt que de grosses olives Marocaines a été malgré tout un plaisir. Avec les autochtones très agréables avec une soif d’apprendre pour venir travailler dans ma société. Le chantier s’est passé dans le temps prévu avec des néophytes non classés mais très motivés.

En fin de compte, j’aurai pratiquement payé pour faire ce chantier qui m’a permis malgré mon âge d’être encore dans le coup. Comme à l’armée, que je n’ai pas faite et il paraît que l’on se souvient que des bons moments. C’est le cas pour moi. Je me suis éclaté comme disent les jeunes d’aujourd’hui : c’est bon de chez bon. J’ai toujours la foi. Amen et comme chantait la môme Piaf : « non rien de rien non je ne regrette rien » ….

Pour joindre Gaby ou acheter son livre, envoyez nous vos mails à vaceditions@vaceditions.com et nous transmettrons.

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