SULTANAT D’OMAN, le sable et la mer de Henri ESKENAZI

Unknown-2SULTANAT D’OMAN, le sable et la mer de Henri ESKENAZI

Les pleurs stridents de la petite fille assise à mes côtés déchirent la nuit surplombée d’une superbe lune qui illumine le désert. Sa mère est totalement voilée de sa burqua noire, un masque proéminent lui masque le visage. Au-dessous de nous, à presque dix mille mètres, les flammes des nombreux puits de pétrole jalonnent le sol telles les traces du Petit Poucet. Un sol étoilé.

Durant ce vol, des noms mystérieux à la Monfreid se bousculent dans ma tête : Abu Dhabi aux Emirats, Bahreïn, plus tard Dammam puis Doha au Qatar. Il est presque trois heures du matin et nous atterrissons. Une douce chaleur m’envahit, il fait 90°, Fahrenheit s’entend  (33° Celsius), la même température que la mer, et le voyage peut alors commencer…ESK_1203 - copie

Oman, véritable trait d’union entre l’Afrique et l’Inde, réunit en un même lieu ce que les voyageurs du monde viennent chercher dans les différentes destinations du pays. La variété et la beauté de ses paysages allient montagnes escarpées, plages de sable doré, îles idylliques et déserts propices à de multiples aventures. Un rivage d’Orient sur l’Océan Indien !

De plus, les cinq mille ans d’un riche passé historique, rehaussé de mystérieuses légendes, demeurent partout gravés dans la pierre et s’inspirent de chapitres légendaires dont les héros ne sont autres que Marco Polo, Sind Bâb le Marin ou la reine de Saba.

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Leurs aventures se déploient sur fond de caravanes et de cargaisons fabuleuses, car Oman, « le sultanat de la mer », a longtemps été une plaque tournante du commerce de la soie, des épices et de l’encens entre Orient et Occident. Les Perses, les Portugais puis les Anglais y ont laissé leurs empreintes, d’où cette longue tradition d’ouverture et d’hospitalité qui conduit ce pays à m’accueillir aujourd’hui.

Contempler le temps en buvant un thé à la cardamone dans une palmeraie ou en fumant une chicha (pipe à eau) dans un restaurant typique, pour dialoguer avec le passé, tutoyer le désert, embrasser la mer, effleurer les montagnes, caresser les wadis, s’abreuver des légendes et enfin, choisir ses rêves… comme un parfum subtil.

Pays montagneux entouré de sable et d’eau, Oman, rapidement, ne m’apparaît pas que comme un désert truffé de forts et serti des éclats d’azur de l’océan Indien mais je perçois aussi une contrée d’échanges maritimes où la magie opère à chaque instant. Ainsi, comprendre, s’intéresser, toujours découvrir avec un regard neuf, imaginer sans juger, chercher, se passionner suppose un travail sur soi. Celui-là même qui mène à l’excellence… Et, ces « efforts » sont alors bien vite récompensés par les surprises, les découvertes, les rencontres et les possibilités que me laisse entrevoir ce voyage. Mon voyage. Peut-être au plus profond de moi ? Ou au moins, au fond de ce Golfe d’Oman. L’âme des fonds ! D’ailleurs, en omanais, « mérou » se dit « hamour »…

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En compagnie d’Andréa et de François, nous quittons la « Villa Dune » pour vingt minutes de transfert en 4×4 confortable et climatisé, à travers le quartier de Mutrah. En route, François me raconte que sa Jeep Cherokee V8 lui coûte, au niveau de la consommation, autant qu’une Clio 1,1 : le litre d’essence coûte ici… 17 centimes d’euros. Et, en plus, il n’y a aucun impôt dans le pays    ( ni direct, ni indirect, ni taxe foncière, ni taxe d’habitation, ni vignette, ni autoroute à péage, ni parking payant, ni TVA, ni URSSAF, ni ASSEDIC… ). Les soins hospitaliers et l’enseignement sont gratuits. A vingt et un ans, le gouvernement offre même, mais aux hommes seulement, un terrain constructible qu’il est possible de revendre au bout de deux ans. En fait, sur chaque baril de pétrole vendu (environ 150 US dollars) aux compagnies étrangères, 60% est prélevé par l’état et sert à entretenir le pays, très propre en l’occurrence. Faites le calcul !

Nous embarquons à la marina du « Capital Area Yacht Club », en face le la petite île de Cat Island, à la silhouette de chat. Nous partons à droite, vers le sud, pour atteindre à Bandar Khairan, un véritable dédale de criques, calanques et falaises ocres formant une sorte de lac intérieur aux eaux d’une sérénité exceptionnelle. Trois couleurs prédominent : le bleu du ciel, le jaune du désert et le vert de l’eau. La beauté sobre du minéral est quelquefois floutée par une sorte de brume qui atténue les contrastes.

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Le premier contact avec l’élément liquidien est plus que surprenant. 33°C, c’est chaud !

A l’abri du vent et des vagues, nous nous enfonçons donc dans une eau assez chargée mais qui révèle immédiatement une vie extrêmement riche : bancs de lutjans, chasses de carangues, rougets posés sur le sable en rang serré, mérous-patates de taille imposante, énorme langoustes, murènes à foison et particulièrement complaisantes, nombreux serpents de mer, beaucoup de tortues en pleine eau ou entrain de se sustenter d’alcyonaires. Entre Novice Bay et Coral Garden, nous approchons même, en surface, deux belles tortues Luth entrain de s’accoupler…

Sur le chemin de la plongée sur l’épave Al Munassir, nous admirons l’arche de Shangri La, véritable trouée naturelle qui souligne l’aspect chaotique du paysage environnant. Ce bateau de la marine omanaise, coulé volontairement en avril 2003 (une bonne initiative à mon goût qui devrait être appliquée en France), repose sur un fond sableux à trente mètres avec le haut des supra structures à douze mètres. Il est donc accessible aux débutants. Ses dimensions conséquentes, 84 mètres de long sur 18 de large, font de cette épave une superbe plongée. Surtout quand la visibilité est bonne, comme c’est le cas aujourd’hui. Et, cerise sur le gâteau, une dizaine d’hippocampes sont lovés sur le bout, posé sur le sable à la proue. Ils sont marrons ou jaunes et mesurent une vingtaine de centimètres. Un régal pour les photographes. A noter qu’on ne voit personne sur les sites. Exceptionnellement, nous croisons un autre bateau car nous plongeons toujours avec des horaires décalés.ESK_1638 - copie

Après une petite pause d’une heure, nous allons observer les nombreuses tortues de… Turtle City, évidemment ! Un petit récif corallien entre cinq et dix mètres de profondeur. Lueur, chaleur, bonheur : les trois règles de l’immersion.

De retour à la marina, un tracteur vient nous sortir de l’eau. Rires et étonnements. Sanitaires d’une propreté irréprochable. Douches chaudes et repas au bord de la plage. On ne porte aucun matériel durant la semaine car tout est laissé à bord du bateau : j’apprécie tout particulièrement et mon dos aussi.

Au niveau des prestations exceptionnelles, sachez que François est diplômé de l’école hôtelière de Strasbourg. Goûtez absolument sa spécialité : « la Bourse aux 1000 parfums », une surprise… No comment !

En route vers les îles Dimanyiat à soixante-quinze minutes au nord-ouest, nous mettons cap vers le détroit d’Ormuz, beaucoup plus loin. En face, c’est l’Iran. A part quelques sternes criardes qui nous accompagnent, de nombreux poissons qui détalent sur notre passage, des supertankers au mouillage et quelques rares Dhows (bateaux traditionnels omanais), nous sommes « in the middle of nowhere ».

Soudain, alors que la forte chaleur nous hypnose, l’horizon se zèbre d’un mince trait jaune qui devient, peu à peu, une plage paradisiaque. L’immersion au pied de l’une des « Trois sœurs », des îles surveillées par des rangers, nous révèle une eau particulièrement claire : un gros requin-léopard, accompagné de ses rémoras, quelques tortues et une petite raie Manta sont au rendez-vous. Les rochers sont tapissés de très belles gorgones bleues. ESK_0482 - copie

Plus tard à « Police Station », une petite faune assez riche se cache parmi les blocs de rochers couverts d’alcyonaires multicolores allant du blanc au violet, en passant par l’orange et le rouge. De gros diodons dérivent lentement et je croise de nombreux poissons-coffres d’espèces différentes, jaune, marron, bleu ainsi qu’une petite raie Manta. Les bruits sous-marins sont, ici, particulièrement intenses. C’est sûr qu’il y a de la vie, cela s’entend.

Les deux plongées que nous faisons autour de l’île de Fahal, se déroulent dans une eau délicieusement calme quoiqu’un peu chargée en plancton. Sur « Aquarium City », au nord, j’ai rarement vu autant de poissons m’accueillir ; en particulier des bécunes par milliers qui zigzaguent dans tous les sens. Je ne sais plus où donner de l’objectif. Des balistes, des cochers, des diodons, des ptéroïs, des platax, des tobias, des poissons-limes, de tout quoi ! Un vrai régal. C’est le jackpot pour les photographes. Sur la face sud de l’île, au lieu baptisé « Sideral Point » par François, outre deux superbes raies pastenagues, je passe de longues minutes à tirer le portrait de deux murènes sidérales et d’une murène cannelée, particulièrement photogéniques. Je m’échappe juste quelques instants pour apprécier deux seiches et un poisson-ange, côte à côte, chassant ensemble de petites proies blotties dans les branches de corail, ou un groupe de rougets se faire nettoyer les ouïes par des labres bleus. Plongées peu profondes et toutes en douceur.
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Evidemment, comme fait exprès, des dizaines de dauphins Tursiops truncatus viennent saluer, en surface, notre dernière plongée. Nous avons même droit à quelques sauts, magiques mais trop rares, de ces superbes animaux. C’étaient donc bien leur cliquetis que j’entendais sous l’eau.

Ce matin, le guide Abdullah, vient nous chercher pour une balade d’une journée à travers le pays. Au sud de Muscat, après avoir laissé Nizwa, l’ancienne capitale d’Oman datant du XVIème siècle, ses remparts et ses marchands, nous nous dirigeons vers trois villages et whadis ( oued en omanais ), perdus parmi les montagnes arides aux parois escarpées, perchés derrière un col à mille cinq cent mètres d’altitude. Al Hamra est un agréable village de palmiers-dattiers. Plus loin, Mifsat, construit au XIIème siècle est accroché aux rochers, avec un système d’irrigation particulièrement performant. Sa tour date de mille ans avant Jésus-Christ. Deux enfants jouent en se baignant dans l’eau presque fraîche. La route continuant vers Balad Seet est vertigineuse. Nous avançons lentement, en 4×4 bien sûr, parmi les lacets, entre les roches rouges ( fer ) et vertes ( cuivre ). Les surplombs sont impressionnants. La poussière, omniprésente.

En route, Abdullah, vêtu de sa robe blanche traditionnelle, la Dishdasha et coiffé de son Kuba, nous explique qu’il porte un pantalon de coton en guise de sous-vêtement, le Wizar. Il nous fait part de la fierté nationaliste omanaise et nous parle de respect, de soi et des autres. Il est passionné. Passionnant. De nombreux acacias desséchés accompagnent ses belles histoires…

A la nuit, nous rejoignons Muscat par un réseau routier en excellent état et à la signalisation bien lisible.

Nous croisons le Dromadrome qui accueille des courses de dromadaires (avec une seule bosse pour ceux qui hésitent encore), femelles uniquement. Chaque animal coûte entre 200 000 et 1 million de Rials. Avant, les enfants les chevauchaient. Ils sont désormais remplacés par des robots qui les éperonnent grâce à des « joystick » télécommandés par le propriétaire depuis un véhicule suiveur. A voir.

Nos promenades digestives du soir se font en toute sécurité. La délinquance et l’agressivité semblent être inexistantes dans ce pays. Les maisons et les voitures restent ouvertes. On n’entend pas klaxonner. Ni crier dans les rues. Le parc automobile est « haut de gamme » (Hummer, Porsch Cayenne, Ford Mustang, Audi A8). Pas ou peu de pollution. L’ambiance générale semble apaisée.

 Nous dégustons un citron pressé-menthe frais glacé. Un véritable bonheur ! En fait, je me demande si l’infatigable géographe Ibn Battuta n’avait pas peut-être raison, Oman ne ressemble-t-elle pas un peu au mythique « jardin des délices » du paradis ?

A vous de le vérifier maintenant.

Henri Eskenazi

(www.henrieskenazi.fr/net/com)

 

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