EGYPTE, en route vers le sud…de Henri ESKENAZI

Unknown-2La Mer Rouge, même si elle n’a plus rien à prouver, continue à faire rêver les plongeurs. Aujourd’hui comme hier. Cette destination est devenue une référence avec une richesse de la faune et des couleurs qui nous enchantent. Mais aussi un hymne à l’harmonie de l’eau et du désert qui rassemble les hommes, à la beauté de la nature qui enrichit l’âme de ceux qui veulent bien la partager…

Ici, on se dévoile peu à peu, de jours en jours, d’immersions en immersions, plus on va vers le Grand Sud. Entre les coraux et les poissons. Entre les récifs et les tombants. Cette croisière sur « Nemo » offre de belles balades sous-marines, à travers les souvenirs, les envies, le futur, la vie et plus particulièrement celle sous la surface de la mer. Avec autant de plaisir. En mêlant impressions, instantanés, spectacles qui décuplent la force émotionnelle de l’isolement.

Le voyage, c’est avant tout la tolérance de l’autre. Grâce en particulier à l’avènement de la science, plus on avance dans la vie, plus notre regard sur le monde se doit d’être juste. Aux effets attrayants de l’imaginaire exotique, succède rapidement une connaissance plus descriptive de la découverte : comme un voyage dans le voyage.

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Dans le fond comme dans la forme, je me déplace ici à la pleine lumière d’intenses soleils apaisés d’innombrables étoiles, au beau milieu d’un bleu infini. Un credo commun à tous les plongeurs motivés et avec lesquels nous partageons la même passion.

Première plongée à « Gotta Marsa Alam » avec une petite grotte sympathique et une épave moderne assez poissonneuse. On enchaine, après un solide petit déjeuner à base de salade et de crêpes sur « Shab Sharm », plongée dérivante récif main droite jusqu’à un large plateau vers une quarantaine de mètres qui descend au-delà des six cent mètres… paraît-il ?

La faune habituelle de la Mer Rouge y est riche : lutjans, barbiers mâles et femelles en grand nombre, une belle anémone avec ses deux poissons clowns, deux requins mais aussi un énorme napoléon et un baliste verdâtre allongé sur le corail entrain de se faire déparasiter par des labres nettoyeurs bleu et noir. La scène est paisible et je peux, à ma guise, approcher de très près cet animal, nettement moins agressif que dans d’autres circonstances, comme, par exemple, quand il est en période de nidification. D’ailleurs, sur le récif de Gotta Kebira, juste à la sortie d’une très belle grotte à double entrée, avec de fantastiques rayons de soleil jouant à travers le corail et dessinant des arabesques sur le fond, les deux balistes sont nettement moins accueillants. L’un deux s’en prend à mon flash, tandis que le deuxième, plus gros, commence à mordiller les palmes de mes partenaires Muriel et Jacques. Tous les plongeurs ont vécu ce moment comique mais stressant au moins une fois dans leur vie. Nous décidons de nous replier loin de leur zone. Les animaux sont chez eux, nous ne l’oublions pas. 

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A « Habili Ali », le récif frangeant plonge jusqu’à quatre vingt mètres bien droit telle une colonne de corail posée par un dieu de la mer. Nous n’en faisons point le tour complet car le plus intéressant est la pointe nord tapissée entre vingt-cinq et quarante mètres d’immenses gorgones jaunes, de gorgones fouets et de véritables forêts de corail noir. Dans le bleu, j’aperçois les silhouettes de trois requins. Beaucoup de mérous tachetés se blottissent dans les anfractuosités du tombant. Deux carangues passent, assez pressées, vers une destination inconnue. Un ptéroïs volitans semble apprécier les éclairs de mon flash car il ne veut plus me quitter. Arrivé sur le bateau, tout le monde peut observer les dauphins qui tournent autour de nous et en surface, les couleurs sont éblouissantes. C’est toujours aussi magique avec, en plus, cette petite tortue qui passe non loin de nous.

Nous continuons paisiblement notre route vers le tropique du Cancer, accompagnés à l’étrave de nombreux grands dauphins Tursiops truncatus, sources de toujours autant d’excitation positive au sein des plongeurs. Beaux instants de partage. La Mer Rouge comme avant…

Qu’il est bon, de temps en temps, de se connecter à un autre monde, un univers de rencontres et de beautés naturelles, d’opportunités et de sensations douces.

Nourri de mes multiples voyages, je ressens un besoin intense de vivre cet état d’éveil constant que me procure la photographie. Le regard aiguisé, je comprends mieux le monde qui m’entoure. Par delà les nuages et au gré des courants, j’apprends. La nature immuable et les gens qui passent. Du plus haut des montagnes au plus profond des abysses, j’imagine un monde éternel, fait de lait et de miel. Sans conflits, sans attentats. Sans misère et infiniment calme. Je rêve à l’avant de « Nemo » qui sillonne les flots de cette mer mythique. Chaque étape de la croisière m’enseigne à davantage me connaître pour mieux m’accomplir. La découverte a toujours été pour moi, un état d’esprit, une attitude. Peut-être aussi dans la façon d’aborder la vie.

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Ici, sur la Mer Rouge entre deux déserts, c’est l’attrait du mirage oriental et de sa lumière qui prédomine. En photo, il semble donc nécessaire de privilégier l’éclat des couleurs vives exprimées sous les contrastes d’une forte lumière, puis d’organiser dynamiquement l’espace en le rythmant et le structurant par le biais de la couleur. Dessous, la monochromie qui nous est imposée, nous incite à mieux regarder pour découvrir les détails. Je pense qu’on voit mieux à travers un objectif ou, tout au moins, pas moins bien comme certains pourraient le penser !

Exactement sur cette ligne imaginaire qui fait le tour de la terre, nous nous immergeons sur « Dangerous reef », dont on ne sait pas d’où vient son nom peu engageant. D’autant plus que cette plongée est superbe, surtout les grottes à faible profondeur, l’une à deux et l’autre à trois entrées. Le dédale des différentes salles permet des jeux de lumière dignes d’un film de science-fiction. D’ailleurs, nous y restons pour la plongée de nuit, sans plus de dangers. Juste, peut-être, observe-t-on quelques méduses inoffensives et photogéniques…

Plus près du site de Saint John’s reef, nous nous plaisons à reconnaître les différents oiseaux marins des îles de la Mer Rouge : sternes, goélands, balbuzards, faucons, fous, hérons, aigrettes.

Vers quarante mètres, à « Gotta Soraya », nous ne voyons pas les requins-marteaux quelquefois observés mais la visibilité est à couper le souffle car on peut observer le zodiac en surface.

Le courant assez fort nous permet toutefois de voir de nombreux barracudas en parfaite santé, taillés pour la course, et des carangues en quête de pitance.

Allegro molto agitato.

L’heure passée sous l’eau semble trop courte après un palier plus que serein.

Lento ma non troppo.

C’est une véritable symphonie de couleurs avec, last but not least, le boléro de Ravel en musique de fond qui nous attend au petit-déjeuner…

EGY_9110 - copie 2Et quand, du haut du pont de « Nemo », j’observe l’horizon à 360° avec zéro bateau autour et la mer comme unique limite à ma vision, je me gosse de rire quand je pense à ceux qui prétendent que la Mer Rouge est surfaite. Je suis venu dans cette région en 1973 pour la première fois et je me moque des gens blasés qui ont tout vu ! La bouteille reste toujours à moitié pleine. Vivre ici plus lentement, au gré de nos mouillages paisibles, ne semble pas être une utopie car la lenteur n’impose pas un découpage frénétique de nos journées. Au beau milieu de cette Mer Rouge, ralentir est la façon la plus logique qu’il soit de voyager. Une croisière est une escapade proche de la nature où dépaysement rime avec bien-être. C’est une aventure associant souvent le confort au rêve car on y cultive la rareté pour donner de l’espace à son plaisir.

Quel tendre bonheur que celui de s’endormir sous les étoiles, de s’éveiller chatouillé par les rayons du soleil naissant et les notes limpides du clapotis des vagues sur la coque de notre bateau.

Le site de « Um Erog », à l’est, est unique par son architecture corallienne constituée de multiples pitons qui se dressent de vingt-sept mètres au sable jusqu’à la surface qu’ils effleurent.

C’est un véritable plaisir de déambuler au milieu de ces colonnes naturelles semblables à des statues. J’essaye d’y retrouver des formes connues, un cheval ici, une tête d’homme plus loin. Le palier se fait le long du récif en compagnie de dizaines d’anémones au manteau rouge vif, peuplées bien sûr de très nombreux poissons-clowns avec leur progéniture. Deux beaux poissons-papillons veulent participer au spectacle de très près.

Et notre retour surface se déroule calmement avec une petite tortue peu farouche.

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Au niveau ambiance corallienne typique de le Mer Rouge, le site de « Um Karaven », n’est pas en reste avec son très beau et long tunnel à quatre entrées. Les multiples puits captent la lumière venue de la surface pour nous mener à un lagon paisible où des centaines de patates de corail se dressent sur le sable blanc. La faune, assez classique, n’est pas très riche ici mais la palanquée peut toutefois observer, non loin, une belle raie manta.

Quatre heures de navigation vers le nord sont nécessaires pour atteindre le récif de Sattaya. De nombreux poissons volants décollent à l’étrave de « Nemo » et laissent la place quelquefois à des dauphins long nez Stenella longirostris.

Au large de Ras Banas, nous nous offrons même le luxe d’être accompagnés, un trop court instant, par un requin-baleine qui nous montre sa silhouette à travers les multiples arcs-en-ciels créés sur les vagues de notre bateau.

Arrivée sur Sattaya, la « maison des dauphins », avec une petite immersion en PM.T., à l’ouest du récif, d’une heure environ pour assouvir le désir de chacun d’approcher ces créatures mythiques. L’excitation des participants est toujours perceptible à l’idée de côtoyer des dauphins, comme si une véritable magie s’exerçait sur notre inconscient (NDLA : je conseille vivement aux personnes intéressées par cette interaction, d’effectuer une croisière particulièrement réservée à ce genre d’approche animalière).

Un petit requin, quelques napoléons, une raie pastenague et tant d’autres animaux en plus du tombant vertigineux, justifie pleinement notre plongée à l’est de ce grand récif.

Au loin, le disque doré du dernier soleil découpe les montagnes si discrètes le jour, tandis qu’une musique égyptienne berce mes oreilles d’un rythme oriental.

Pour notre plongée nocturne, avec Xavier mon binôme, nous accompagnons une murène de Java de 1,50 m qui chasse entre les coraux de feux, en compagnie de diodons, ptéroïs volitans et radiata, en plus de toute la faune noctambule.

« Claudio reef » est surtout connu pour ses multiples tunnels et canyons avec pas moins de huit entrées ou sorties formant un véritable dédale dans lequel il est toutefois impossible de se perdre eu égard à la lumière qui pénètre constamment à travers le corail. J’utilise ici mon objectif grand-angulaire car, en photo sous-marine, l’avantage d’une courte focale est celui d’inclure les animaux dans leur environnement, jouer sur la géométrie des coraux, d’une épave ou des reflets de la surface, permettant de produire des images plus graphiques, plus composées et très illustratives. Ce genre de photographies témoignent également de l’immensité des océans sous la surface. Certaines salles ressemblent à des lagons, comme les trois d’ « Abu Galawa reef » qui forment de véritables piscines naturelles avec leur fond sablonneux. Nous entrons dans le plus grand pour chercher une anémone blanche après avoir fait le tour d’une épave d’un bateau militaire de 1950, d’une trentaine de mètres de long sur six de large. Les concrétions coralliennes ornent assez joliment ce navire pour offrir aux débutants, une épave intéressante dans six mètres d’eau.

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Tous les voyages, aussi différents soient-ils, peuvent mener loin dans notre aventure intérieure mais les croisières en Mer Rouge semblent idéales pour cela : l’éloignement, l’isolement, l’effet « désert » et le silence qui va avec, les ocres et le regard qui se perd dedans, au raz des flots. Pour un moment, c’est un moyen d’alléger sa vie en évaluant son aptitude à la liberté. Une réflexion sur soi.

Penser, réagir, ressentir des émotions.

Comme une prise de distance vis à vis de soi-même. A bord, on savoure plus son temps qu’on ne le maitrise. Entre nos trois à quatre plongées quotidiennes, non fatigantes grâce au Nitrox (gratuit, pour information), il est tout à fait possible de lâcher prise, vivre le moment présent en créant son propre sanctuaire imaginaire.

Ainsi, je m’installe confortablement à l’avant de « Nemo », je ferme les yeux, je me détend en respirant profondément face à l’ouest quand le soleil s’apaise enfin sur les montagnes égyptiennes et qu’il daigne laisser la place aux ombres qui adoucissent les formes.

Entre Yin et Yang, je recherche mon énergie dominante. L’infiniment petit rejoint l’infiniment grand comme si l’univers tout entier était concentré ici. L’espace, à en perdre la vue, a ce pouvoir de nous connecter directement à notre inconscient.

Demeurer gourmand et enthousiaste.

 Capturé par les déserts, bercé par les forêts, subjugué par les montagnes, impressionné par les volcans, fasciné par les orages, je craque pour les océans. Les plus calmes quand je suis au large et les plus déchainés quand je suis à terre, admirant les vagues qui viennent montrer leur toute puissance aux fragiles terriens.

Petit et grand à la fois.

Comme dans une peinture orientaliste, je me laisse porter par mon imagination et je termine alors cette croisière tout chaviré, les yeux écarquillés, ne sachant pas où je suis mais infiniment persuadé que je suis bien parce que c’est beau, tout simplement et que je me suis échappé dans l’absolu.

 Henri Eskenazi Unknown-2

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