Alban Michon : « Je vais vivre dans une maison sous-marine » (interview exclu de BSaillard)

À 37 ans, Alban Michon est l’un des grands noms de la plongée sous-marine, en particulier sous glace. Désigné parrain du Salon International de la Plongée Sous-marine 2015, qui avait lieu du 9 au 12 janvier dernier à Paris, l’aventurier français a répondu à nos questions. Interview exclu.

Confidences

Alban Michon est un homme d’aventures. Depuis de nombreuses années, il voyage autour du monde et plonge aux endroits les plus retirés de la planète. Spécialiste reconnu de la plongée sous glace, il a notamment plongé au Groenland, au Pôle Nord ou encore dans le Lac Baïkal. Nommé parrain du Salon de la Plongée 2015, qui avait lieu du 9 au 12 janvier au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, à Paris, il a accepté de nous répondre sur ses débuts, son actualité et ses projets futurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on risque fort d’entendre parler d’Alban Michon beaucoup plus régulièrement dans les mois à venir.

Comment t’es venue cette passion pour la plongée ?

Quand j’étais gamin et que j’allais à la mer, comme tous les enfants je passais mon temps dans l’eau avec des palmes et un tuba. J’ai toujours aimé le contact aquatique et puis vers 7 ou 8 ans, j’étais tombé sur un magazine de plongée, qui s’appelait le Monde de la Mer. Ça m’avait attiré l’oeil. Et puis bien sûr il y avait les émissions de Cousteau. Vers 11 ans j’ai dit à mes parents que je voulais faire de la plongée. Ils m’ont inscrit à un club à Troyes et j’ai pratiqué en club pendant une dizaine d’années.

Tu es aussi aventurier, tu pars en expédition régulièrement au Pôle Nord, en Antarctique… d’où te vient ce goût pour
l’aventure ?

Ça vient aussi de l’enfance je pense. Étant de Troyes, les endroits où je pouvais plonger c’étaient les lacs, les rivières, les trous… Je me sentais déjà comme un aventurier des temps modernes. Et ça a toujours été ce côté découverte, aller voir ce que peu de gens ont déjà vu, ça m’a toujours attiré. Et puis j’ai eu la chance de pouvoir racheter une école de plongée sous glace à Tignes. Et de temps en temps il y avait des scientifiques ou des aventuriers qui venaient s’entraîner à plonger sous la glace. Je me disais que j’aimerais être à leur place. Et puis j’ai rencontré Jean-Louis Etienne, on a monté un centre de formation qu’il a parrainé et son logisticien m’a dit un jour : « On fait une expédition au Pôle Nord, est-ce que tu veux venir ? »
Et c’est là que tout a commencé.

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Quelles sont les différences entre plongée sous glace et plongée sous-marine classique ?

Dans le cas de la plongée sous-marine classique on va en mer pour voir des poissons ou des épaves. Sous glace, c’est avant tout des projets d’ambiance. On y va pour voir l’ambiance sous la glace, la lumière, les rayons du soleil. C’est une ambiance différente et donc on n’y va pas pour la même chose. Ce sont des sensations différentes aussi. Déjà parce que l’on a un équipement différent. Sous glace on des combinaisons étanches, l’eau ne rentre pas à l’intérieur. En mer on est un peu plus fluide, on glisse plus. Sous glace, quand on ouvre le trou, c’est tout noir. C’est à la fois impressionnant et attirant. On a envie d’aller voir ce qu’il y a. Et on a vraiment une fenêtre, un monde entre les deux. Dès qu’on s’immerge d’un coup c’est très clair, on a un plafond translucide avec différentes couleurs. Même la couleur de l’eau change en fonction de la luminosité extérieure. Ça peut être bleu, blanc, vert, gris. Et une fois dessous, c’est du bonheur.

Quel est ton meilleur souvenir de plongée jusque-là ?

J’en ai beaucoup. Notamment un qui restera longtemps, la chance d’avoir plongé avec un ours polaire lors de mon expédition au Groenland. Il est arrivé à trois mètres de moi dans l’eau, on s’est regardé droit dans les yeux et on s’est dit « Qu’est-ce qu’on fait ? ». Finalement il s’est arrêté et on est repartis chacun de notre côté.

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Quel sentiment t’habitait quand on t’a proposé de parrainer le salon de la plongée ?

J’étais surpris. Je me suis demandé si c’était sérieux ! Mais après coup j’étais très heureux et honoré. Quand on est plongeur depuis qu’on est gamin, les marraines ou parrains du salon sont des gens extraordinaires qui font des choses magnifiques. Et moi-même j’e n’ai pas l’impression de faire des choses plus extraordinaires que ça. Je suis fier de représenter le monde de la plongée pendant 4 jours.

Tu présentes ton livre Glacéo, dont la préface est signée Yann Arthus-Bertrand, à l’occasion du salon.
Que peux-tu nous en dire ?

J’ai fait de la plongée sous glace presque partout dans le monde. Dans le lac Baïkal, en Sibérie, en Finlande, je vais en Antarctique en mars… Et dans la tête des gens la glace c’est de la glace, il n’y a pas de différence. En réalité il y a 11 variétés différentes, des couleurs différentes, le bruit qu’elle fait n’est pas le même, son histoire n’est pas la même… Et puis c’est de l’eau qui pour X ou Y raisons se solidifie et qui peut devenir une puissance dramatique qui a emprisonné des marins, a fait couler le Titanic…C’est puissant, c’est fort et ça m’a toujours fasciné. Et puis la glace est super importante pour l’avenir de notre planète. Ce livre est une sorte d’hommage à la glace. C’est un beau livre de photos qui veut apporter de l’émotion et de la poésie.

Quel est ton futur projet ? Peux-tu nous en parler ?

Ces derniers temps je regardais la télé, et franchement le monde est triste. On parle de marasme économique, de hausse du chômage, des impôts…Et souvent les gens crachent sur la France. Moi je me dis qu’on pourrait très bien habiter en Irak, en Syrie, n’importe où… Tout n’est pas rose mais on n’est pas si malheureux que ça en France. Je suis d’un caractère optimiste et je voulais apporter un souffle d’optimisme. Je suis persuadé qu’on a toujours des entreprises performantes, leaders sur leur marché et qui vont créer le monde de demain, qui sera un monde différent mais toujours aussi beau. C’est tous ensemble qu’on va s’en sortir. Du coup je vais faire pareil. Ma prochaine aventure aura donc lieu à Paris. Je vais mettre un bassin géant à l’intérieur duquel sera immergée une maison sous-marine. Et je vais vivre dedans. Ce projet s’appellera 48°Nord Latitude Énergie.

Quel est le but de ce projet ?

J’ai envie d’éduquer les gens à la préservation de notre environnement et à la préparation de notre avenir. À l’intérieur de la maison il y aura plein de sortes d’appareils, de fabrication française, qui la rendront à 80% autonome, notamment grâce à des micro-algues qui me fourniront du CO2. C’est peut-être par ces technologies que passe notre futur et celui de nos enfants. Je veux montrer qu’il y a plein de manières de récupérer de l’énergie. Ce sera une vraie aventure en plein coeur de paris, aussi pour bien communiquer et faire passer mon message. Ce qui m’intéresse c’est de m’adresser à ceux que les politiciens ont oublié. Quand on parle d’écologique, les mots comme biomasse, économie circulaire, biotechnologie, tout le monde ne comprend pas. Je pense que si on veut intéresser les gens à la protection de l’environnement, le langage doit être clair. Ils ont oublié les Français, et c’est à eux que je veux m’adresser. À lire également : Roberta Mancino : Plongée avec des requins blancs, wingsuit et freefly (vidéo)

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